Gisèle Pelicot Opens Up About Surviving Years of Secret Abuse | The Interview
C'est pénible pour la victime, parce que. tout le monde avait les yeux braqués sur. moi et là, je me suis dit "Tu flanches. pas ma grande, tu vas au bout.". [musique].
[musique]. [musique]. [musique].
[musique]. [musique]. [musique].
J'étais une femme qui a pris sa retraite. à 60 ans, un peu plus de 60 ans. J'avais. toujours travaillé, élevé mes enfants. J'ai toujours eu une vie très active et. je je pensais avoir une une fin de vie. avec monsieur Pellico, une fin de vie. heureuse. Bien sûr, comme dans tous les. couples, on a des moments difficiles, mais la vie n'est pas un long fleuve.
tranquille, bien sûr, mais j'avais. cette joie de vivre c'est que monsieur. Pellico, moi je n'ai connu qu'un homme. bienveillant et attentionné, c'est ça. qui est terrifiant. Quand monsieur Pellico euh. me révèle ce qu'il a fait dans le.
supermarché, je j'ai du mal à parce que. jamais il m'a fait de coup bas en fait. Moi en 50 ans, je n'ai jamais rien vu, c'est pas un monsieur qui a des blagues. sur les femmes, jamais un geste déplacé. sur les femmes. Et quand il m'apprend ce. qu'il a fait, bien évidemment, je. comprends pas. Je dis mais qu'est-ce qui. t'a ? Pourquoi tu as fait ? Et il me. répond "Ne t'inquiète pas, je ne suis ça. va me servir de leçon et je ne suis pas. prêt de recommencer.".
Moi je pense que on va me parler de ces. deux photos qu'il a fait sur le dans le. magasin et monsieur Pellico est reçu en. premier. Et moi je suis convoquée peut-être une. demi-heure après et quand je je monte le. premier étage pour rejoindre le. lieutenant Perret, j'arrive dans son. bureau et je pense y trouver monsieur. Pellico et monsieur Pellico n'y est pas. Et donc je me dis c'est peut-être. normal, il veut savoir si vraiment.
monsieur Pellico m'a raconté toute la. vérité. Donc je m'assois et commence. l'interrogatoire, c'est-à-dire qu'il me. pose des questions, mon nom, mon prénom, l'âge de mes parents et j'avoue que je. commence à me dire mais pourquoi toutes. ces questions en ? Il commence à changer. dans l'interrogatoire et me demande si. je pratique pratique l'échangisme avec. monsieur Pellico. Et là, je commence à. me poser des questions. Je me dis mais. où il veut en venir ? Qu'est-ce que. Pourquoi il me pose cette des ? Et je lui dis écoutez bien sûr que non.
L'âge que j'ai [raclement de gorge] et. puis non, je suis une femme pudique, jamais je pourrais aller dans ce genre. de club et puis à qu'un autre homme. puisse me toucher, c'est même pas en. rêve. Son visage commence à changer. et il me dit écoutez, il y a une pile de. dossiers à côté de son bureau. Il me dit. écoutez madame Pellico, ce que je vais. vous annoncer va pas vous faire plaisir. Et là, je commence vraiment à. m'inquiéter. J'ai mon cœur qui commence. à s'emballer. Je lui dis mais qu'est-ce. qui se ? Euh et il me dit voyez là la pile qui. est là et commence à ouvrir une chemise. et là, il commence à me montrer une.
photo. Il me dit c'est vous là sur vous vous. reconnaissez sur cette ? Et bien sûr que. non, je me reconnais pas. Parce que je suis accompagnée d'un homme. que je ne connais pas qui est en train. de me violer. Et je lui dis mais non, je ne connais. pas cet homme. Et je commence à me dire. mais c'est pas moi, peut-être qu'il se. trompe parce que comme j'ai pas mes. lunettes, je ne vois pas bien. Et il me. montre une deuxième photo qui est à peu. près la même chose et il me dit madame. Pellico, c'est bien vous là. Et je lui. dis mais non, enfin je commence à me. me pose vraiment des questions et euh et. là, il me dit c'est votre chambre madame.
Pellico, c'est vos lampes de chevet. On. est allé perquisitionner chez vous, c'est bien vos affaires. Je crois que mon cerveau a. fait une dissociation. Il voulait me montrer des vidéos. Je lui. dis écoutez alors j'ai dit non, je je. peux plus, je peux pas. Et il me dit votre mari est en garde à. vue, il ne repartira pas avec vous. Faut. savoir que vous avez subi euh. énormément de viols. On a arrêté 53. individus et j'apprendrai par la suite. qu'il y en a une vingtaine ou trentaine. qui n'ont pas été arrêtés.
Et il m'annonce que j'ai subi à peu près. 200 viols quoi. Et là, je dis mais c'est. pas possible. Je je demande un verre d'eau parce que. je ne peux plus parler. J'ai une psychologue qui est là, ils. avaient pré ils avaient tout prévu, une. psychologue qui va et moi j'ai qu'une. envie, c'est de rentrer chez moi. Je lui. écoute parce que tout ce qu'on vient de. me dire là, c'est pas possible, c'est. pas vrai.
Ça a été euh. difficile pour moi parce que. quand cette couronne commence à bouger, je prends mon petit-déjeuner. Et monsieur Pellico est en face de moi.
et je lui dis "Écoute, et on est en. période Covid, donc on peut pas. consulter le dentiste sans euh il faut. prendre rendez-vous, mais en période. Covid, on n'a pas de rendez-vous, c'est. c'est vraiment très difficile." Et je. demande à monsieur Pellico "Écoute, est-ce que tu pourrais avec Alors, il me. dit "Oui oui, je vais bien aller. chercher une gaze et pour me retirer la. la la couronne.". Et je me dis "Mais quand même, comment. elle a pu ?" Parce que. euh la veille, elle bougeait pas, enfin. et il me dit [raclement de gorge] "Bah, tu as dû. croquer sur quelque chose, enfin." Et.
quand je découvrirai les les les vidéos. euh avec la violence que ces hommes dans. ma bouche molle, comme on dit, qu'il est. obligé de me tenir la tête parce que mon. visage tombe, je n'ai plus de tonus. musculaire, en fait. Et quand on cet. individu faire ce qu'il fait. et que monsieur Pellico réagit même pas, il y a même pas d'empathie, il y a même. pas de pitié pour cette femme qui est là. complètement euh morte dans son lit en. fait. Et ça, ça a été oui, d'une violence. inouïe. De me dire "Même ça, ils me. l'ont pas épargné.". Je suis désolée de.
Ça va. Non non, ça va. Il faut que les gens sachent. C'est très. important que les gens sachent. C'est choquant, bien sûr. C'est. choquant.
J'ai mis du temps. Il m'a fallu 4 ans. avant de prendre cette décision parce. que je voulais le huis clos, bien sûr. Parce que je voulais pas qu'on me sache. qui j'étais, je voulais pas qu'on me. voie, je voulais que ce procès soit. oui, à huis clos, c'est-à-dire enfermé. avec les avocats et et les agresseurs. Et ma fille un jour m'a dit "Maman, euh. tu vas leur faire un un vraiment un. cadeau.". Elle a réfléchi. Alors, j'ai mis du. temps, j'ai mis 4 ans et un jour je suis. allée marcher toute seule et je me suis.
dit qu'elle avait raison parce que je me. suis dit en fait, quand on est quand en. honte, elle nous on l'a en nous, je me suis dit. que c'était la double peine, c'était une. souffrance aussi qu'on s'infligeait à. soi-même et lutter à l'échelle. individuelle contre cette honte, la. renoncer pour soi, c'était aussi œuvrer. pour le collectif. Quand je suis arrivée. le 2 septembre dans cette salle. d'audience avec 45 avocats de la. défense, ces 51 accusés, personne était. au courant de ce qui allait arriver peu.
de temps après. et quand le président de la cour est. rentré en disant "Monsieur les. journalistes doivent aller sortir parce. que ce procès est à huis clos." Mes deux. avocats se sont levés en disant. "Monsieur le président, notre cliente. s'est opposée au huis clos." Et là, j'ai. vu les regards de la défense mais me. regarder l'air de dire "Elle a osé faire. ça." Les accusés qui me défiaient, j'avais les regards qui qui étaient. vraiment aussi extrêmement. c'est pénible pour la victime parce que. tout le monde avait les yeux braqués sur.
moi et là, je me suis dit "Tu flanches. pas ma grande, tu vas au bout.". Et j'ai tenu. Mais ils me l'ont fait. payer très cher. On m'a traité de complice, de femme. consentante, j'étais suspecte et je peux. vous assurer que je j'ai pas une seule. fois baissé les yeux et jusqu'au bout, j'ai tenu bon. Quand je suis rentrée oui la première. fois dans cette salle d'audience, j'ai. découvert leurs visages que je ne les.
connaissais pas. Je les avais jamais. rencontrés parce que j'étais toujours. quand je dis endormie, j'aime pas ce mot. parce que j'étais anesthésiée. inconsciente. Et c'est vrai quand j'ai découvert les. visages avec tous ces âges, ça allait de. 22 ans à 70 ans. C'était vraiment incroyable de se de se. dire ces ces gens-là sont rentrés dans. ma chambre à coucher. et ils sont venus me violer et en plus. ils disaient qu'ils étaient pas venus. violer. Pour eux, c'était le mari était. consentant et avait dit "Vous vous.
pouvez venir parce que il s'était. connecté sur un site coco.fr dans un. salon à son insu. Donc ils avaient ils. savaient très bien ce qu'ils venaient y. faire. Mais ils avaient une manière de. se déculpabiliser. et ils étaient à la limite innocents. Et ça aussi ça a été compliqué pour moi. de d'affronter ces regards et j'ai vu un. accusé un jour qui m'a fixé et lui. passait son temps à me soutenir son. regard jusqu'à temps que je baisse les. yeux. Et moi je l'ai regardé jusqu'à.
temps que lui baisse les yeux. Et leurs compagnes est venue elles sont. venues aussi déposer à la barre en. disant "Mais mon mari, mon ami est. incapable de faire une telle chose." Et. j'ai même eu le cas d'une maman, une. maman de mon âge, c'est-à-dire moi j'ai. 73 ans aujourd'hui, elle est venue. témoigner à la barre en disant "Mon. petit garçon qui avait 45 ans quand. même, ça aussi c'était lunaire. d'entendre ça." en disant "Mais mon. petit garçon était incapable d'avoir. violé." Alors elle me regardait même pas. c'était elle était incapable de violer. cette femme. Et ça aussi c'était choquant, violent.
pour moi. Donc heureusement la chance. que j'ai eu c'est d'avoir toutes ces. preuves, toutes ces vidéos. Mais je me. mets à la place d'autres victimes qui. elles subissent les mêmes choses parce. que moi là j'ai pas de souvenir. Ça. aussi ça m'a aidé à me reconstruire. Mais pour les victimes qui elles ont des. souvenirs vous imaginez ce qui se passe. dans leur tête quand on dit que c'est. classé sans suite parce que il y a pas. suffisamment de preuves parce que c'est. paroles contre paroles. Ça aussi il faut. faut le souligner. C'est très ça doit. être très difficile pour ces victimes.
pour se reconstruire. Je pense que ce procès a fait écho à. leur souffrance. Elles se sont reconnues. Et c'était une. manière aussi à travers le mon procès, c'était aussi de leur rendre justice. Je. me suis sentie investie d'une. responsabilité pour les pour être là. jusqu'au bout parce que de les voir le.
matin quand j'arrivais, elles arrivaient. de bonne heure. et elles faisaient la queue, il. pleuvait, il faisait froid et je voyais. toutes ces femmes qui attendaient que le. Palais de Justice ouvre ses portes. et ça me touchait, ça me bouleversait. parce que elles m'accompagnaient et. elles m'ont donné une force incroyable. Et les lettres que je recevais par. milliers à travers le monde entier, ça. m'a même étonné de me dire mais parce. que je pense que toutes ces femmes oui. qu'on il y a pas que il y a pas que des. victimes bien sûr, mais je pense que. dans les lettres que j'ai reçues, il y a.
beaucoup de souffrance. et elles me disent merci d'avoir parlé. Donc je pense qu'on a tellement muselé. les femmes à travers des générations. qu'aujourd'hui ce procès a libéré la. parole des femmes. Pour moi, elle a été rendue peu importe. la peine, Monsieur Pellico a pris 20 ans. parce que ça a été quand même le chef. d'orchestre de toute cette mascarade, de. toute cette sordide histoire.
Mais pour les autres, je me suis dit que. ce qui était important pour moi, c'est. que justice m'avait été rendue et qu'ils. avaient été coupables. J'ai vu à Avignon un homme qui m'avait. offert le le repas, j'allais pour payer. mon repas, j'ai déjeuné avec mes avocats. pour repartir à l'audience l'après-midi. et on me dit votre repas est payé. Alors. je dis mais non, c'est pas possible. Il. me dit si, le monsieur là-bas. Alors je. dis mais c'est je suis allé le remercier.
et je lui ai demandé où il habitait et. il habitait pas très loin de Mazan. Et une fois que j'ai eu terminé la. discussion. j'ai dit à mes avocats et si c'était un. de mes violeurs qui a pas été arrêté, j'y pensais. Bien sûr j'y pensais. Je me dis mais quand je croise quelqu'un. euh alors plus maintenant, un peu moins. maintenant parce que je suis pas parano. non plus, mais je dis bien sûr que j'y. pense que je peux croiser certainement. un des hommes qui qui lui me connaît. mais moi je le connais pas.
Oui, bien sûr. [rires]. Gisèle mais il a été scandé partout dans. le monde Gisèle. Merci Gisèle. Alors. bien sûr Gisèle, bien sûr. Je pense que je suis me suis bien. réparée. parce que je fais de la marche, je fais. du vélo, j'ai la chance de vivre sur une. île magnifique. Je me sens bien et dans.
ma tête et dans mon corps. J'assume la la la l'âge que j'ai. aujourd'hui, 73 ans. C'est pas évident. Je prends des rides, voilà et mais je. les assume parce que j'ai ce privilège. d'avoir des rides que ma mère n'a jamais. eu déjà, ça c'est important. Vous voyez. alors je suis encore émue quand j'en. parle. Et mais voilà. [rires]. J'ai la chance d'être en vie. [musique]. [soupir]. [grognement].
Gisèle Pélicot, merci beaucoup. C'est. moi qui vous remercie. Je suis désolée. Non. [musique]. [musique].
